Brussels Airlines, cheval de Troie de Lufthansa en Afrique

Brussels Airlines, cheval de Troie de Lufthansa en Afrique

Grâce au réseau et à la présence au sud du Sahara de la compagnie belge, qu’il a absorbée, le groupe allemand a doublé ses destinations sur le continent. Mais il reste derrière Air France-KLM.

Alors qu’elle a perdu 105 millions d’euros en 2016 à cause des attentats de Bruxelles et alors qu’elle doit compter, sur son propre territoire, l’offensive des compagnies low cost européennes Ryanair et Easyjet, Brussels Airlines (7,7 millions de passagers l’année dernière) est plus que jamais tournée vers l’Afrique. La compagnie belge y réalise d’ailleurs ses plus belles performances : une hausse de 13,7 % de son trafic au premier semestre 2017, et de 3,2 % sur l’année 2016.

L’Afrique réussit à Brussels Airlines
Et elle veut voir son cœur battre encore plus fort sur le continent. Avec 19 destinations africaines desservies, dont deux au Maroc, celui-ci mobilise 85 % de sa flotte de long-courriers et représente près de 30 % de son chiffre d’affaires (de 1,271 milliard d’euros en 2016).

Un dynamisme qui n’a pas échappé à l’allemand Lufthansa. Pour seulement 2,6 millions d’euros, ce dernier a pris le contrôle à 100 % de Brussels Airlines en janvier, il en possédait déjà 45 % depuis 2008 avec la ferme intention de profiter de son réseau, de son hub et de la notoriété de sa marque pour en faire son « bras armé » en Afrique. Un marché qui, jusque-là, hors l’Afrique du Sud et le Kenya, manquait à son tableau de chasse.

« Ils nous donnent carte blanche pour nous développer sur l’Afrique »

L’opération fait sens pour les observateurs. « Le groupe Lufthansa veut couvrir la planète tout entière et Brussels Airlines souhaite retrouver en Afrique la puissance qu’avait la Sabena, son ancêtre disparu en 2001 », estime Cheikh Tidiane Camara, président du cabinet de conseil Ectar et ancien directeur Europe de la compagnie Air Afrique.

Marge de manœuvre

En absorbant totalement son partenaire belge, le groupe Lufthansa (qui comprend aussi Swiss, Austrian Airlines et la low-cost Eurowings) porte à 32 le nombre de ses liaisons africaines.
Ce qui reste encore loin derrière les 51 escales du groupe franco-hollandais Air France-KLM, mais lui offre néanmoins d’importantes marges de manœuvre. Car, en retour, Lufthansa donne à la société belge les moyens de stimuler ses activités en amenant sur son hub de Bruxelles un trafic mondial qu’il pourra répartir.
« Ils nous donnent carte blanche pour nous développer sur l’Afrique », se félicite Philippe Saeys-Desmedt, vice-président des ventes de Brussels Airlines pour le continent.

La compagnie belge, qui souhaite devenir la plateforme majeure des échanges aériens entre l’Afrique et l’Amérique du Nord (29 % de ses passagers transatlantiques passant à Bruxelles se rendent sur le continent), compte d’abord profiter de ce nouvel appui pour remplacer, entre octobre 2017 et fin 2018, 70 % de sa flotte (dont 9 vieux appareils Avro) par des Airbus A330 de nouvelle génération.

« Nous comptons une cinquantaine d’avions, le groupe Lufthansa en détient 424. S’associer coûte moins cher en maintenance et avantage lors des négociations de contrats de carburant, de location ou d’achat d’avions »

Des « modules » qui lui permettront d’être plus performant et d’étendre son rayon d’action, puisque les limites des réservoirs de carburant de ses A330 actuels leur interdisent de descendre au sud de l’Angola.

Une manière également d’harmoniser sa flotte car « il vaut mieux former des équipages sur un même type d’avions aux cockpits similaires », souligne Philippe Saeys-Desmedt.

Ce qui, enfin, limitera les coûts, dans un environnement africain où ils pèsent plus lourdement qu’ailleurs, regrettait le PDG de Brussels Airlines, Bernard Gustin, en juin à Paris, en amont du salon aéronautique du Bourget.

Brussels Airlines pense aussi s’implanter au Nigeria d’ici à deux ans.

« Nous comptons une cinquantaine d’avions, le groupe Lufthansa en détient 424. S’associer coûte moins cher en maintenance et avantage lors des négociations de contrats de carburant, de location ou d’achat d’avions. Nous mutualiserons l’ensemble de nos achats. On se représente déjà mutuellement depuis 2008, on va pouvoir développer toutes les synergies qu’on n’avait pas encore engagées », assure Philippe Saeys-Desmedt, qui a piloté, dès le début des années 1990, les opérations de la Sabena puis de Brussels Airlines en Ouganda, au Cameroun, au Kenya, en RD Congo ou encore au Sénégal.

multiplication des rotations sur le continent
En profitant de ces nouvelles capacités et en s’adossant à la grande force de vente mondiale des équipes de Lufthansa, Brussels Airlines entend accélérer la fréquence de ses rotations, en passant à une desserte quotidienne, le plus souvent possible en vol direct, de Dakar, Abidjan, Douala, Yaoundé, Kigali et Entebbe.

La compagnie veut aussi desservir davantage Bujumbura, Luanda, Cotonou, Lomé, Accra, Ouagadougou, Conakry, Monrovia, Freetown et Banjul, qui accueillent de trois à cinq vols par semaine aujourd’hui.

Mais Brussels Airlines a une autre manière de remplir ses avions : elle axe sa stratégie sur le transport de courrier et de fret.

Brussels Airlines pense aussi s’implanter au Nigeria d’ici à deux ans. Pour la compagnie belge, il s’agit de constituer un mix de destinations permettant de drainer une clientèle constituée à la fois d’hommes d’affaires et de touristes.

Ce qui devrait, selon le dirigeant belge, juguler les incertitudes économiques des pays exportateurs de matières premières. « Nous misons beaucoup sur des destinations comme le Rwanda qui sont orientées sur le business mais développent leur volet tourisme de manière intéressante. Par ailleurs, nous aidons des tour-opérateurs à s’installer et à proposer une offre en Ouganda, au Cameroun, au Sénégal et en Côte d’Ivoire », souligne Philippe Saeys-Desmedt.

Brussels Airlines mise sur le fret
Mais Brussels Airlines a une autre manière de remplir ses avions : elle axe sa stratégie sur le transport de courrier et de fret. « Si l’on n’est pas cargo à 100 %, on utilise l’espace libre dans la soute pour faire du vrac. »

Alors que la compagnie transporte des diamants et des lingots d’or, en particulier en provenance des anciennes colonies belges (RD Congo, Rwanda, et Burundi), elle s’est également spécialisée depuis deux ans dans les produits pharmaceutiques, les fruits, les légumes et le poisson, au profit notamment des grands distributeurs européens Carrefour et Casino.

Des voies de diversification dans de nouvelles niches, nécessaires face à la concurrence plus intensive de nouveaux acteurs comme Emirates ou Turkish Airlines. « Trois acteurs opéraient au Burkina Faso il y a dix ans, ils sont sept à huit aujourd’hui », soupire Philippe Saeys-Desmedt.

La compagnie participe activement à l’organisation de missions d’entrepreneurs belges en Afrique mais aussi de dirigeants économiques africains en Belgique.

Alors que le modèle de Brussels Airlines reposait beaucoup jusque-là sur les échanges économiques entre la Belgique et ses anciennes colonies et sur les voyages des diasporas africaines installées outre-Quiévrain, son développement pourrait désormais s’écrire un peu plus en allemand.

Car depuis quelques mois, Berlin pousse les pions de ses investisseurs au sud du Sahara. Et Brussels Airlines pourrait donner des ailes à ces ambitions économiques.

Rwandair, partenaire et rival
Depuis le 14 juillet, Rwandair, partenaire de Brussels Airlines depuis 2009, organise trois vols par semaine entre Kigali et Bruxelles.

La compagnie belge a indiqué, mi-juin, à l’agence de presse Belga « avoir des sentiments mitigés face à l’ouverture de cette liaison que Rwandair est en droit d’opérer en vertu des accords aéronautiques bilatéraux ».

Car, indique Belga, « c’est la première fois que cette compagnie d’un petit pays de la région des Grands Lacs s’installe sur un segment très profitable pour la compagnie belge ».

Toujours tenté par l’aventure intra-africaine
«On y pense. » Partenariat avec une compagnie africaine, filiale… ?

Philippe Saeys-Desmedt, vice-président des ventes de Brussels Airlines pour le continent, n’exclut pas de se lancer à nouveau dans l’aventure d’une compagnie intra-africaine, presque deux ans après l’arrêt des opérations de sa filiale congolaise, Korongo Airlines.

Lancée en 2012 avec l’appui du groupe du milliardaire belgo-congolais George Forrest, Korongo reliait Kinshasa à Lubumbashi et Lubumbashi à Johannesburg.

A lire aussi: Populariser le voyage pour promouvoir la destination Afrique

Mais les coûts trop importants et le lancement en parallèle de Congo Airways par les autorités de la RD Congo ont vite eu raison de cette tentative.
Par Rémy Darras / JA
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Post Author: Youssou Mboup